mardi 21 février 2012

Bloquer le détroit d’Ormuz ? L’Iran a d’autres options

LONDRES (Reuters) – Menacé d’un embargo sur ses exportations de pétrole, l’Iran brandit le spectre d’un blocage du détroit d’Ormuz, vital au commerce mondial du pétrole. Peu de spécialistes pensent que Téhéran ira jusque là. D’autres options sont en revanche possibles, et toutes comportent un risque de dérapage.

Dès le 27 décembre, alors que se précisait un embargo occidental sur ses ventes de brut en représailles à la poursuite de son programme nucléaire, un des responsables iraniens, le premier vice-président Mohammad Reza Rahimi, a averti que le pétrole cesserait de transiter par Ormuz.

« Si les Occidentaux imposent des sanctions sur les exportations iraniennes, plus une goutte de pétrole ne franchira le détroit d’Ormuz », a-t-il prévenu.

Cette voie maritime séparant l’Iran du sultanat d’Oman, large de 34 km à peine en son point le plus étroit, relie les terminaux pétroliers des pays du Golfe à la mer d’Oman et à l’océan Indien.

Chaque jour y transitent quelque 17 millions de barils de pétrole, soit 35% environ du pétrole transporté par voie maritime et, si on y ajoute le transport terrestre via oléoduc, 20% du commerce mondial total du pétrole.

Les menaces de Téhéran ont provoqué de fortes tensions sur les cours du brut. Et conduit les puissances occidentales, Etats-Unis en tête, à souligner qu’elles ne toléreraient aucun blocage du détroit d’Ormuz.

Dans les faits, il ne se trouve guère d’experts militaires, du renseignement ou de la sécurité, dépendant ou non d’organismes gouvernementaux, à prendre au sérieux les menaces iraniennes.

DETOURNER LA PRESSION SUR WASHINGTON

« Fermer Ormuz, c’est un mythe », affirme ainsi Moustafa Alani, qui dirige le département d’études sur la sécurité et le terrorisme au Centre de recherche du Golfe.

« L’Iran a tenté de le faire pendant les huit années de la guerre qui l’a opposé à l’Irak de 1980 à 1988 et n’y est jamais parvenu, ne serait-ce qu’une heure. Ils ont immergé des mines, frappé des navires mais le trafic à travers le détroit s’est poursuivi (…) et lorsqu’ils ont frappé un navire américain (la frégate Samuel B. Roberts en 1988-NDLR), le président des Etats-Unis a ordonné à l’US Navy d’attaquer et les deux tiers de la marine iranienne ont été détruits », poursuit-il.

Mais la république islamique a d’autres moyens d’agir tout en se préservant d’une riposte massive conduite par les Etats-Unis.

Parmi ces possibilités, débarquer sur des îlots inhabités dont d’autres Etats du Golfe revendiquent la possession, déployer des bâtiments de marine au plus près de pétroliers empruntant le détroit, prendre en otages des équipages de navires civils ou militaires (comme l’odyssée des marins britanniques capturés en mars 2007 dans les eaux du Chatt-al Arab, à l’autre extrémité du Golfe) ou utiliser le levier de l’activisme chiite dans des Etats sunnites comme l’Arabie saoudite ou via son allié libanais, le Hezbollah.

« Ces scénarios ont du sens parce que ces actions possibles ne conduiront pas un blocage du détroit mais accentueront à coup sûr les tensions », note Nikolas Gvosdev, professeur à l’US Naval War College de Rhode Island.

« L’objectif que recherche l’Iran en accroissant les tensions dans le Golfe est peut-être que d’autres pays fassent pression sur les Etats-Unis pour les amener à faire preuve de retenue et, de ce fait, permettent à Téhéran de récupérer ainsi un peu de plus de marges de manoeuvres. »

Le risque inhérent à ces différentes options serait qu’un protagoniste commette une erreur de calcul ou d’appréciation et provoque une réaction en chaîne aboutissant à un conflit total.

« L’IRAN A TROP A PERDRE »

Les gardiens de la Révolution, corps d’élite des forces armées iraniennes, ont programmé de nouvelles manoeuvres militaires en février dans les eaux internationales. Le seul fait de déployer des bâtiments pourrait compliquer l’acheminement du pétrole via le détroit d’Ormuz, dont le chenal de navigation n’est large que de deux milles (3,7 km).

On signale déjà la présence de canonnières iraniennes croisant à proximité de vaisseaux de guerre américains ou alliés, avec à chaque fois le risque d’un incident qui dégénère.

Un mois après le début de cette partie de poker autour d’Ormuz, Washington a joint des actes à ses paroles. Le porte-avions Abraham Lincoln a franchi cette semaine le détroit, accompagné de ses bâtiments de soutien et de navires français e britannique.

« Les deux parties sont engagées actuellement dans une bataille de postures », souligne Reva Bhalla, spécialiste du renseignement stratégique à la firme de consulting Stratfor. « L’Iran se focalise sur la mise en relief de ses instruments de dissuasion dans le Golfe, ce qui accroît naturellement le risque d’une erreur de calcul. »

S’exprimant sous le sceau de l’anonymat, un officier de marine occidental juge improbable que la situation ne dégénère. « L’Iran a trop à perdre et nos forces sont suffisamment professionnelles pour qu’un incident isolé n’aboutisse pas à un conflit de plus grande ampleur », assure-t-il.

Et si un incident venait à se produire ? « Nous ramènerions promptement nos forces dans notre coin, nous mettrions en position de défense (…) et attendrions le coup suivant des Iraniens sur l’échiquier. »

Avec Joseph Logan à Dubaï, Henri-Pierre André pour le service français


View the original article here

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire