DAMAS (Reuters) – Dans le centre de Damas, au marché naguère grouillant de Hamidiyeh, Ouassim parle des difficultés rencontrées par les habitants de la capitale pour boucler les fins de mois depuis que la Syrie est plongée dans le chaos.
« On ne vend pratiquement plus rien désormais. Notre chiffre d’affaires a chuté de 70% », se lamente le commerçant en désignant les étals pratiquement vides qui attiraient jadis les touristes du monde entier. Seuls quelques chalands venus d’Iran déambulent encore au milieu du marché.
« Avant, on avait des touristes des pays du Golfe, des étrangers et des gens du monde arabe. Aujourd’hui, on n’en voit plus. Ce marché ne peut pas survivre sans touristes », dit-il.
Comme beaucoup d’autres Damascènes, Ouassim doit se serrer la ceinture et faire attention à chaque dépense. « Nous ne sortons plus. On n’achète que le strict nécessaire. Fini, les restaurants », explique-t-il. « Mais cela ne va pas durer », glisse-t-il dans un élan d’optimisme.
Dans la capitale, de nombreux Syriens disent croire en des jours meilleurs, mais les visages tendus que l’on croise dans la rue montrent que l’inquiétude est grande.
COUPÉ DU MONDE
Pourtant, pendant des mois, le centre de Damas a ressemblé à un îlot coupé du monde et des protestations visant le régime de Bachar al Assad.
La révolte, qui s’est déclenchée à la mi-mars dans le sud du pays, a gagné les villes, les campagnes et même quelques banlieues de Damas.
De nombreuses rues dans la capitale sont toujours fréquentées et certains restaurants font le plein. La vieille ville de Damas bouillonne le soir et les habitants continuent de sortir la nuit, même si certaines zones sont désormais considérées comme dangereuses.
En ville, on voit des photos d’Assad et des drapeaux syriens sur les portes et les vitrines des magasins. « Les commerçants de Damas sont avec toi », peut-on lire sur une affiche montrant le chef d’Etat souriant.
Mais récemment, des protestations se sont rapprochées du centre-ville. Le 6 janvier, un attentat suicide a fait 26 morts dans le quartier de Maïdane.
ENVOLÉE DES PRIX
« Au début (de la révolte), on ne sentait pas grand-chose, mais ça a changé depuis septembre, octobre », dit un marchand.
Car la liste des sujets de mécontentement s’allonge. Outre la sécurité, les habitants se plaignent du faible approvisionnement en essence et en produits étrangers, des coupures de courant et de la valse des étiquettes.
« Le paquet de cigarettes est passé de 40 à 85 livres », dit Mazen Mohammed, qui achète son tabac dans un magasin.
Fadoua Fahham tente, elle, de faire face en n’achetant plus de produits importés. « La situation est vraiment difficile (…) Le riz, le sucre, le poulet et d’autres denrées de première nécessité coûtent cher », dit-elle.
Avant la crise, un dollar s’échangeait contre 47 livres syriennes. A présent, le billet vert vaut 58 livres au cours officiel et 70 au marché noir.
« Chaque jour, nous regardons le cours. On a peur d’arriver à 100 livres pour un dollar. Ce serait une catastrophe pour nous tous », s’alarme un commerçant du marché de Hamidiyeh.
Mohammad Kazzaz, père de six enfants, soutient Assad. Il reconnaît que la tension s’est accrue depuis l’envolée des prix. « Les gens sont devenus intolérants, si vous affichez une photo de Bachar, on vous menace » confie-t-il.
Pour Ouassim, le seul point positif du soulèvement est la bureaucratie devenue moins tatillonne. « Les agents de la sécurité sont plus tranquilles avec nous. La paperasserie prend moins de temps, ils ne veulent pas se mettre à dos d’autres Syriens », explique-t-il.
Elias, propriétaire d’un magasin d’or, était enthousiaste au début de la révolte contre le régime baassiste. Mais il a déchanté quand ses amis ont reçu des menaces de représailles s’ils affichaient leur soutien à Assad.
« Au début, c’était une révolution et c’était positif. Oui, tous, nous voulions lutter contre la corruption et j’en étais content. Mais maintenant, je ne sais plus trop ce que c’est. Des voyous font la loi dans les rues (…) et on ne se sent plus en sécurité ».
Benjamin Massot pour le service français, édité par Gilles Trequesser
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