Actualite Présidentielle 2012 High TechBibliobsVoyageImmoTele obsCineAutoEmploiJeuxMonde Société Sport Planète Economie Culture TendancePeopleTable Photo Vidéo Blogs Accueil > L'observateur du lepénisme> Comment Marine Le Pen manie les massesComment Marine Le Pen manie les massesCréé le 30-01-2012 à 12h06- Mis à jour à 12h22 1 réaction Trois armes : sinistrisme, segmentation et triangulation.Réagir
Marine Le Pen à Perpignan dimanche 29 janvier AFPMots-clés :Marine Le pen, Perpignan, Sinistrisme, segmentation, triangulation, Front national Après quelques passages médiatiquement confus, Marine Le Pen a cherché à reprendre la main dans un long discours tenu à Perpignan dimanche 29 janvier. Elle l'a fait en recourant à toutes les ficelles, classiques et nouvelles, de la communication politique, au service de ce qui apparaît comme une seconde phase de sa campagne.
Bien sûr tout candidat à l'élection présidentielle affirme s'adresser à la nation et n'avoir que faire de la méthodologie de la communication. Bien sûr, cela est faux, car l'art de mener campagne repose sur une délicate guerre de mouvements. Trois éléments sont dorénavant des classiques de la vie politique française. Il faut reconnaître à Marine Le Pen qu'elle a su manier chacun de ceux-ci.
- Sinistrisme. Le plus ancien de ces traits caractéristiques de notre vie politique remonte aux débuts du XXe siècle : c'est ce que l'on a nommé "le sinistrisme". Derrière ce mot, une réalité simple : pour être élu en France, il faut réaliser une propagande de prise du pouvoir un cran plus à gauche, plus sociale, que ce que l'on est, et que ce que l'on va gouverner. Nicolas Sarkozy avait parfaitement compris la chose en 2007, lui dont une étude de ses discours relevait qu'il s'y référait avant tout à Jean Jaurès, Jules Ferry, Charles de Gaulle et Léon Blum. Lionel Jospin en 2002 fut l'un des rares ténors politiques à avoir voulu s'affranchir de cette règle structurante de notre vie politique. Marine Le Pen ne reproduit pas cette erreur fatale : chaque phase de son discours bénéficie d'une déclinaison "sociale". Il n'est pas jusqu'à la "préférence nationale" qui y échappe, rebaptisée pour l'occasion "patriotisme social". Elle a pu aller jusqu'à des accents fortement à "gauche", ainsi lorsqu'elle s'exclame que "l'entreprise appartient à ceux qui y travaillent au quotidien", ou lorsqu'elle critique un chômage voulu par l'ultralibéralisme pour casser les salaires, les droits, les résistances des salariés.
- Seconde méthode en action : la segmentation. Il s'agit de découper le corps électoral en groupes, niches, communautés, puis d'adresser à chaque élément ainsi défini un message censé lui correspondre. En 2007, Nicolas Sarkozy avait excellé dans l’exercice, d'où son insistance à mettre en avant les identités ethniques et religieuses afin de disposer de groupes clairement définis. Marine Le Pen lui en a justement fait le reproche, attaquant cette manœuvre qui ferait que Nicolas Sarkozy considère "les Français comme des secteurs commerciaux". Cependant, elle enchaînait immédiatement avec un message aux harkis, puis aux Pieds Noirs – et en une ville marquée par une forte population pied-noir, qui eut l'ancien chef de l'OAS Pierre Sergent comme député FN en 1986-88, et où le matin même le ministre de la Défense Gérard Longuet était hué et sifflé lors de l'inauguration d'un centre municipal dédié à la mémoire de l'Algérie française (encore la segmentation...).
Le discours de Marine Le Pen ne devait guère oublier de monde par la suite : ouvriers, employés petits patrons, chaque groupe social dont les études électorales démontrent qu'il compte un potentiel d'électeurs lepénistes eut droit à son moment. Il n'est guère que les spéculateurs et les magnats de la grande distribution à avoir été cloués au pilori ; c'est-à-dire, en termes de surface électorale : personne.
- Triangulation. Cette méthode est la plus récente. Rendue célèbre par Bill Clinton et Tony Blair, elle avait été inventée par et pour François Mitterrand en 1988. Il s'agit de kidnapper les thématiques de l'adversaire pour l'obliger à radicaliser son positionnement et ainsi le couper de sa base électorale. François Mitterrand avait ainsi fait dévier Jacques Chirac trop à droite et lui avait ravi l'électorat du centre et de la droite modérée. Cette tactique est délicate car, mal maniée, elle risque de couper l'homme politique de son propre espace électoral. Dans le cas présent, le coup a été très habilement réussi. Marine Le Pen épargne la gauche mais sans discontinuer "cogne" Nicolas Sarkozy. Au sortir du discours de Marine le Pen, la totalité des thèmes de la droite ont été placés sous le coup d'une offre publique d'achat : remise en cause du collège unique, "France qui travaille", apprentissage à 14 ans, "valeur-travail", compétitivité des entreprises, hiérarchie sociale, fiscalité des PME, chasse aux fraudeurs, corruption des syndicats, apologie du "bon sens" contre l'idéologie... Tout le discours de droite a été purement et simplement préempté. Que laisse Marine Le Pen à Nicolas Sarkozy ? Elle l'a elle-même dit : Angela Merkel et l' ultralibéralisme...
Seule en scèneTout ce discours fut servi par une mise en scène très travaillée. Marine Le Pen fonctionne comme une comédienne de stand-up. Elle arpente la scène, sans notes ni verre d'eau une heure et demi durant. Elle va vers le côté quand elle décrit les problèmes de la France d'aujourd'hui, revient vers le centre et les drapeaux lorsqu'elle donne sa solution. Elle marque un silence avant de lancer une flèche. A la manière de Guy Bedos, elle assène une sentence en ramenant ses mains vers le sol. Comme son père, elle plie son buste en direction de la salle pour marquer un argument. Parlant comme en confidence un instant, elle se rapproche du pupitre et y place son coude. Plus déroutant pour qui n'est pas lepéniste : elle multiplie les blagues, les "bons mots", sans cesse et au plus grand bonheur de la salle. A l'heure où les prestations des hommes politiques sont découpées en portions sur Dailymotion, partagées sur Facebook, en fonction de leur qualité en termes de "spectacle", il est possible que cela soit adapté. Quelques faiblesses sont présentes : plusieurs lapsus croquignolets, l'absence d'un chauffeur de salle (alors que Louis Aliot, son compagnon et le numéro deux du parti, est candidat aux législatives sur Perpignan, on se serait attendu à le voir tenir ce rôle pour faire d'une pierre deux coups).
La racine du national-populismeA l'applaudimètre, ce ne sont pas les considérations sur l'euro qui fonctionne. A chaque fois que Marine Le Pen revient à l'immigration son nom est scandé, les pieds tapent sur le sol. Dans cette ville qui compte la plus importante communauté gitane d'Europe occidentale, le succès est garanti au passage sur les Roms touchant le RSA et roulant en grande berline. Comme si le reste, la crédibilisation du Front dont on parle tant, servait aussi et d'abord à libérer cette dimension-là. D'ailleurs, la salle témoigne que le dédiabolisation du Front n'est pas totalement achevée : entre les retraités et les jeunes gens il n'y a quasiment personne. Comme si les commerçants, les employés, le monde du travail auquel Marine le Pen s'adresse pourtant avec fougue craignaient encore un peu de se montrer à un meeting frontiste : on vient s'afficher avant ou après la vie active.
Mais qu'importe. Le discours est bien construit, il passera. Car si Marine Le Pen parvient à réussir l'emploi simultané du sinistrisme, de la segmentation et de la triangulation, la chose est tout sauf incohérente. Il s'agit là d'une formule issue des années 1880, de la racine même du national-populisme : faire rimer ensemble "valeurs sociales de gauche et valeurs politiques de droite". Si la candidate frontiste conserve cet alliage, elle a alors trouvé ce second souffle de sa campagne qui tardait quelque peu. Dans l'état où est le peuple français, dans l'état où est la droite française, ces vieilles formules pourraient avoir de l'avenir.
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