François Lenglet, directeur de la rédaction de BFM business, a interrogé Nicolas Sarkozy dimanche soir. © AFP
Le Point.fr : Enfin un journaliste qui connaît ses dossiers a eu le droit d'interviewer un chef de l'État... Vos impressions ?
François Lenglet* : Ça oxygène la chose. C'est un tournant qui est pris. C'est bon pour les chaînes info, pour tous les professionnels de l'information et c'est bien aussi pour les politiques d'être interviewés en dehors du cercle habituel. Je précise que, pour préparer cet entretien, je n'ai eu aucun contact préalable avec l'Élysée. Ni avec Nicolas Sarkozy ni avec ses conseillers. Je suis arrivé un peu en avance. Nicolas Sarkozy était avec son épouse et sa fille. On a parlé d'autre chose.
De quoi ?
De problèmes familiaux et vaguement de la situation internationale.
Avez-vous été convaincu par les annonces du président, hier soir ?
À dire vrai, je crois que cette émission est un dialogue avec François Hollande. C'est à lui que Nicolas Sarkozy répondait à travers nous. Du reste, j'ai eu le même sentiment quelques jours plus tôt en interrogeant François Hollande dans Des paroles et des actes. Les deux hommes se sont parlé à quelques jours d'intervalle en évitant, le plus possible, de prononcer le nom de l'autre.
Mais sur le fond des mesures ?
Je ne pense pas que l'on puisse décréter une hausse de la TVA sans que les prix augmentent. Du reste, je relève une contradiction que je n'ai pas eu la présence d'esprit de relever durant l'entretien : d'un côté, Nicolas Sarkozy nous dit qu'il espère de cette hausse de la TVA que les ménages anticipent en consommant davantage avant son entrée en vigueur en octobre. Et de l'autre, il assure que les prix n'augmenteront pas. Il faut choisir l'un ou l'autre. J'en reviens à mon idée première : les mesures annoncées sont une réponse à François Hollande, peu importe leur effectivité puisque, comme le reconnaît lui-même le président, elles n'entreront en application qu'après la présidentielle...
Pour les avoir interrogés tous les deux, comment les comparez-vous ?
C'est assez paradoxal, car la situation semble inversée. D'un côté, François Hollande, le challenger, devrait être le candidat du changement. Or, sur le fond, il nous dit : "Ne vous inquiétez pas, on ne va rien changer." Il veut dire par là que le modèle social français va perdurer. De l'autre, Nicolas Sarkozy s'exprime comme si, avec lui, tout allait changer. Comme s'il n'était pas au pouvoir depuis cinq ans...
Vous êtes l'homme des chiffres, des statistiques. C'est devenu le rendez-vous attendu dans Des Paroles et des actes sur France 2. À quelle source puisez-vous en particulier ?
La bible, c'est le site de l'OCDE. Il permet, en particulier, de recalculer des données, comme la croissance française depuis le début du mandat de Nicolas Sarkozy. L'OCDE offre des points de comparaison en matière de prélèvements obligatoires. L'Insee est ma deuxième source, notamment sur les calculs de revenus, revenus de transferts et prestations sociales. J'utilise un peu moins les données de la Banque centrale européenne et celles d'Eurostat.
Lors de son passage dans Des paroles et des actes, Jean-Luc Mélenchon a contesté vos chiffres en vous opposant ceux des syndicats allemands...
Jean-Luc Mélenchon est de mauvaise foi. Il le sait. Vous êtes trop jeune pour avoir connu cela, mais il y a trente ans, il y avait deux indices des prix, celui du gouvernement et celui de la CGT. Très différents, naturellement. Car la pondération de certains produits dans l'indice de la CGT était plus forte que celle du gouvernement. Après l'émission, Mélenchon est convenu que les chiffres de l'Insee étaient les bons...
* François Lenglet est chroniqueur sur France 2, BFM, RMC et directeur de la rédaction de la chaîne BFM Business.
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